Témoignage de Luce G.-M.
Après une longue carrière, je regarde se dérouler, à reculons, le film de ma vie professionnelle.
Je viens de terminer les humanités et souhaite dénicher un travail. Je trouve assez rapidement un job d’employée dans une banque relativement proche de chez moi.
Mais le travail est monotone, peu intéressant et sans perspectives. Aussi, je décide de reprendre le chemin de l’école après quelques mois et opte pour un régendat en économie ménagère (qui correspond aujourd’hui à un graduat). En principe, je pourrai enseigner les arts ménagers et les cours de sciences.
Et pourtant je n’enseignerai jamais.
Dès la fin de mes études, j’ai la possibilité d’entrer dans une école d’enseignement spécialisé en qualité d’éducatrice.
Quelle vie !
Pendant quelques mois et au rythme de trois semaines de travail sans interruption, week-end compris, je vis cloîtrée : logement, travail et repas avec les collègues, dans le cadre fermé d’une ferme-école entourée de hautes haies. Humainement j’aime mon travail, mais je ne compte pas du tout faire carrière dans de telles conditions.
J’envisage même de reprendre des études.
Après deux trimestres, je déniche un travail d’économe dans un Lycée.
Cette fois, j’ai trouvé ma voie.
A partir de là et au prix de plusieurs bifurcations, j’essaie de concilier une vie familiale bien remplie (un mari et quatre enfants) avec une vie professionnelle de plus en plus absorbante. La fonction évolue rapidement. Je suis maintenant administratrice.
Je suis amenée à plusieurs reprises, à sacrifier une partie des vacances à des stages complémentaires de formation.
Après avoir connu, en début de carrière, une importante autonomie dans mon travail, j’accepte, pour des raisons administratives complexes, de renoncer à une bonne partie de cette autonomie et de me soumettre aux décisions autoritaires d’un tiers, dans un climat relationnel de plus en plus tendu.
Je retrouve avec mon ancien rythme, trois semaines de service, week-end compris, un week-end de congé, chichement inséré entre le samedi après le repas de midi et le dimanche soir. Pour parfaire le tout, mon domicile se situe à 100 kilomètres de mon école ! Pourtant le travail me plait, le nombre d’internes augmente d’année en années et j’en arrive à louer des chambres chez l’habitant pour loger tout mon petit monde.
Mais la monotonie ne risque pas de s’installer. Le bâtiment principal de l’internat est mis en vente et il faut organiser le déménagement vers un site beaucoup plus vaste mais… complètement délabré. Au-delà du travail pédagogique, il faut transformer les locaux et les équiper.
La charge devient vraiment lourde mais j’y trouve beaucoup de plaisir. J’ai l’impression de pouvoir construire quelque chose de neuf, de différent.
J’ai la chance de rencontrer beaucoup de bonne volonté de la part de l’administration. Bruxelles me fait confiance et je gère l’internat de façon autonome, en étant, bien entendu, toujours soumise à la tutelle administrative de Bruxelles.
On m’autorise à prendre des initiatives, à risquer des expériences.
Ce système de gestion fait bientôt tâche d’huile et s’étend à d’autres établissements. Il est maintenant largement généralisé.
Mon bilan ? Beaucoup de travail, bien sûr, mais beaucoup de contacts, de satisfaction, le plaisir de côtoyer beaucoup de jeunes, des milieux fort différents.
La vie professionnelle n’a jamais été un cadeau. Elle est exigeante.
Je suis convaincue que, malgré les difficultés rencontrées par chacun de nous, qu’il s’agisse de vie familiale ou professionnelle, il faut oser faire des rêves, prendre des risques parfois, consentir des sacrifices, savoir renoncer à la facilite, aux habitudes si nécessaire.
La satisfaction me semble souvent proportionnelle à l’effort fourni.
Il faut être exigeant vis-à-vis de soi-même. On oublie les sacrifices et il reste la satisfaction d’être allé le plus loin possible, d’avoir apporté sa petite pierre à l’édifice.
C’est ce que je souhaite à chacun de vous.
Luce G.-M.
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