Témoignage de Franz S.

Quelle est votre formation de départ ?

Je n’ai, au départ, aucune formation. Celle que j’ai acquise découle d’une terrible volonté de ne pas vivre aux dépends de mes parents et de me prouver que j’étais quand même capable de faire mon chemin par de la détermination et de la persévérance.
Je suis né en 1929, année sociale terrible. Mon père venait de débuter dans la vie et, sans instruction, a fait son chemin à la SNCB jusqu’au grade de chef de bureau, en passant par les travaux sur les voies et les basses besognes.
Bel exemple s’il en est, que je me devais de suivre.
Ardennais d’origine, nous habitions Bouge quand survint la guerre 39-45. Je fréquentais jusqu’à la mi 43 l’école « moyenne » de la rue Basse-Marcelle. C’est alors que mon père est muté à Jemelle. Seul le village d’Erezée lui donnait l’occasion d’un loyer selon ses moyens.
Je reprends les études à Liège, en pension chez un oncle, à la libération Je n’étais plus motivé. Je ne parvenais pas à me « raccrocher » aux notions des cours.
J’obtiens alors mon diplôme à l’école hôtelière de Namur (alors au bout de la rue Marie-Henriette). Les stages de vacances étaient stériles et démotivants, laissés à l’appréciation de l’employeur. Du personnel à bon marché sollicité à l’école en question.
Dépité, mais refusant tout risque de chômage, je signe un engagement de 3 ans à la Force Armée (à 20 ans)… pour une carrière de 40 ans. J’ai pleuré à ma mise à la pension !
Dès mon entrée, j’ai remboursé à mon père les 50.000 francs qu’il avait engagé pour m’installer, grattant dans mon maigre salaire, ne gardant que pour ma nourriture et un aller-retour par mois chez mes parents.
Ce que les cours ne m’ont pas appris, je les ai recherchés de moi-même. Mes connaissances comptables de base ont été complétées ainsi, au point de mettre à mal toutes les tentatives de justification des responsables de pertes, vols ou détériorations. Que le matériel soit technique (engins téléguidés en RFA) ou non. J’ai été désigné d’office à l’Etat Major de cette unité (missiles).
J’ai refusé l’ultime grade possible afin de ne pas risquer de devoir rentrer en Belgique à cause de nomination supérieure. J’avais trop d’avantages à sauvegarder pour ma famille.
Cela veut dire que quand on veut on peut, de soi-même. Gagner sa vie, vouloir trouver la gagner, ne pas vivre aux crochets des autres, la société y compris. Mais comment inoculer ce principe dans la tête de certains ? Ils ne veulent que si cela les intéresse, comme, quand et où cela leur convient. Cela et rien d’autre ?

J’ai élevé cinq enfants – 2 en commun, 3 adoptés du tiers-monde. Certains n’ont fait leur chemin qu’avec mon index pointé dans le dos. Ils ont tous une profession. Ils ont dû tous prendre leurs responsabilités de jeunes enfants, d’adolescents et d’adulte au fur et à mesure qu’ils avançaient en âge.
Les cinq m’ont cependant « tiré dans le dos » quand ils étaient casés.
Ma récompense, si l’on peut dire : vivre seul après avoir du subir les affres d’un divorce obligé, inéluctable, sans autre issue possible.
Mais toujours une terrible détermination de vivre, de lutter jusqu’au bout. Mais aussi de terribles dispositions testamentaires.

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