Témoignage d'Anne-Françoise R. et Paul "X"

Quelle est votre formation de départ ?
Quel a été votre premier emploi ?

Quelle est votre formation de départ ?

Mes souvenirs débutent en troisième maternelle, dans la classe de Sœur Marie-Zoé. Cette religieuse était originaire du même village que mon grand-père. Je lui tins ces propos : « vous avez dansé avec mon grand-père et il vous aimait bien ! » Elle n'a pas apprécié. Elle m'obligeait à écrire et à lire, si bien que je maîtrisais ces matières en arrivant en première primaire.
Dans cette classe, Madame Paula ne me faisait aucune concession : elle me donnait ce que nous appellerions aujourd'hui des "défis-lecture.".
Tout cela me donna le goût de la lecture.
Je fis des gréco-latines et à l'issue des humanités, je décidai d'entreprendre un graduat en logopédie - une section qui venait d'ouvrir ses portes à la Haute École André Vésale de Liège.

Quel a été votre premier emploi ?

Ma fonction de logopède indépendante m'amène à rencontrer des patients qui ont parfois un parcours professionnel riche en péripéties. Je vous livre donc le témoignage de ce patient aphasique en bonne récupération après un A.V.C., mais qui ne pourrait l'écrire lui-même.

Témoignage de Paul "X"

Je m'appelle Paul et je suis né dans un petit village de la province de Luxembourg. J'avais 4 ans lorsque mon père fut tué à la guerre.
A l'école, ça n'allait pas, je ne faisais rien de bon, je n'ai pas achevé mes primaires. J'ai arrêté l'école au milieu de la 6ème quand j'ai eu 14 ans..
Ma mère m'a placé sous contrat d'apprentissage, pour 2 ans, chez un électricien automobile. J'y étais bien, je gagnais 100 f par semaine.
Ensuite, j'ai travaillé à la carrière. A l'époque, tout se faisait à la main. On faisait du concassage et des belles pierres pour construire des maisons. Le directeur a trouvé que j'étais un bon casseur. Durant 5 ans, j'ai cassé et chargé à la main. Je ne portais pas de lunettes de sécurité, j'allais régulièrement chez l'ophtalmologue. Au fond de la carrière,  je gagnais 50 f par heure et à la surface 20 f. J'étais fier de rapporter ma "paie" à la maison.
Un peu plus tard, les patrons ont créé une société anonyme, je perdais tous mes droits. Alors je suis parti travailler dans un garage. Je travaillais avec mon oncle qui trafiquait tout et qui m'a appris mon métier de mécanicien. Un jour, le garage a fait faillite.
J'ai achevé ma carrière dans une entreprise de travaux publics. Je travaillais dans les garages installés sur les chantiers. Quand il y avait une panne, il fallait réparer vite, mais quand tout allait bien, on se tournait les pouces, c'était la belle vie.
Un matin, j'avais amorcé un burin pour faire levier, il a "chipé" et je l'ai reçu dans l'œil. Le conducteur m'a dit :"bwè todis 2 gottes" puis m'a transporté à l'hôpital. J'ai gardé mon oeil mais je n'ai plus que 3/10ème de vision. Et j'ai du arrêter mon "ouvrage".
Un beau souvenir des chantiers, c'était les fêtes de Saint Éloi. Un 1er décembre, le car nous a conduits à Namur, on allait à "messe", puis au café. Quand le car est venu nous rechercher, je n'ai pas voulu retourner, j'avais un peu trop bu A minuit, je me décide, je vais à la gare mais il n'y avait plus de train. Je me dis Paul faut rentrer à pied. Arrivé à Pessoux, je n'en pouvais plus, je me couche près d'un arbre et je m'endors. C'est un brave gars qui avait fini son service à la Poste qui m'a trouvé et qui a téléphoné à mon  "Mononc" de venir me chercher.
Voilà mes exploits.
Soyez courageux les jeunes, si on veut on y arrive.

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